2 anges ?

Ils sont tous les deux montés à Hotel-de-Ville. La jeune femme avait un beau regard vague. Elle était, comme moi, adossée à la porte du fond. Et chaque fois que nos épaules se touchaient, je le ressentais comme une élection. Elle a eu un geste doux – sa main sur l’épaule de son compagnon qui se tenait à la colonne centrale et dont le sac à dos parfois froissait les pages de mon livre – pour lui signaler qu’ils devaient bientôt sortir. C’était un jeune homme, 18 ans peut-être. Il avait un profil d’aigle et ne cessait de jeter des regards plein de curiosité sur ce qui se passait autour de lui, comme un enfant tout au spectacle du monde, hors de lui et buvant des yeux le spectacle du monde. Ils n’auraient pas dû être là – c’est ce que je me disais – ils n’étaient pas de la même qualité que nous autres, entassés dans la rame du métro. Plus nobles, comme d’un autre espace-temps ; plus calmes même si plus agités (pour lui seulement car rien ne semblait mouvoir la jeune femme ni son regard – il flottait au fond d’une visage absolument paisible – et j’ai songé un moment que sur ses pupilles se projetait ce paysage intérieur dans lequel elle se noyait et qu’un peu d’audace m’aurait permis d’y plonger, moi-aussi, et beaucoup d’insistance, ce qui m’a prévenu de jeter mon regard dans le sien). Puis, lui, doucement anxieux, elle, doucement close, ils sont descendus à Champs-Élysées. Le trou qu’ils ont laissé dans notre masse est resté vide pendant plusieurs stations, personne, semble-t-il, n’osant le combler. Il a fallu le rush à Charles-de-Gaulle pour gommer cette irrégularité.